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7 types de TDAH, vraiment ? 😅

Je suis rĂ©cemment tombĂ©e sur la communication d’un soi-disant centre de formation qui affirmait proposer une approche « clinique » du TDAH basĂ©e sur l’existence de 7 types de TDAH. Le discours est bien rodĂ©, vocabulaire scientifique, rĂ©fĂ©rences aux neurosciences, promesse de comprĂ©hension fine et de solutions personnalisĂ©es.

Le problùme, c’est que cette typologie n’existe pas.


7 types de TDAH

Elle ne figure ni dans le DSM-5, ni dans l’ICD-11, ni dans aucune recommandation officielle. Elle n’est pas reconnue par la recherche scientifique et n’est utilisĂ©e dans aucun cadre diagnostique sĂ©rieux. Pourtant, elle circule de plus en plus dans des formations privĂ©es et des offres commerciales, souvent auprĂšs de parents et d’adultes en quĂȘte de rĂ©ponses.


Ce type de discours repose sur un mĂ©lange volontairement flou de notions rĂ©elles et d’extrapolations, qui transforme des prĂ©sentations cliniques connues et des comorbiditĂ©s frĂ©quentes en « nouveaux types » prĂ©sentĂ©s comme des dĂ©couvertes. C’est sĂ©duisant, rassurant, et surtout trĂšs efficace pour vendre, mais scientifiquement infondĂ©.


Cet article a donc un but clair. DĂ©monter calmement ces fameux « 7 types de TDAH », expliquer d’oĂč ils viennent, et alerter sur les dĂ©rives pseudo-scientifiques qui prospĂšrent autour du TDAH sous couvert de bienveillance et de modernitĂ©.



Je prĂ©cise d’emblĂ©e que ce qui suit n’est reconnu ni par la science, ni par le DSM-5, ni par l’ICD-11, ni par aucune recommandation officielle. Il s’agit d’une typologie populaire, largement associĂ©e aux travaux de Daniel Amen, dont je parle plus bas, et Ă  des formations privĂ©es.


Les 3 premiers, nous les connaissons et sont reconnus par le DSM-5


1ïžâƒŁ Le TDAH dit “classique” correspond globalement Ă  ce que le DSM-5 dĂ©crit dĂ©jĂ  comme une prĂ©sentation combinĂ©e ou hyperactive-impulsive, avec inattention, agitation et impulsivitĂ©. Autrement dit, le TDAH tel qu’il est connu depuis des dĂ©cennies, simplement rebaptisĂ©.


2ïžâƒŁ Le TDAH inattentif reprend la prĂ©sentation inattentive classique, avec difficultĂ©s de concentration, lenteur, rĂȘveries, oublis et dĂ©sorganisation. LĂ  encore, aucun apport nouveau, simplement une catĂ©gorie officielle recyclĂ©e sous une Ă©tiquette plus vendeuse.


3ïžâƒŁ Le TDAH hyperactif-impulsif suit exactement la mĂȘme logique, agitation, impulsivitĂ©, difficultĂ©s d’inhibition, rĂ©actions rapides, soit une autre prĂ©sentation dĂ©jĂ  reconnue, transformĂ©e en “type” distinct pour allonger la liste.


Jusqu’ici, on parle uniquement de prĂ©sentations cliniques officielles renommĂ©es. La suite devient beaucoup plus crĂ©ative.


4ïžâƒŁ Le TDAH limbique dĂ©crit des personnes tristes, dĂ©motivĂ©es, hypersensibles, avec une humeur basse et une faible estime de soi. En pratique, on mĂ©lange TDAH et symptĂŽmes dĂ©pressifs, puis on invente une nouvelle catĂ©gorie. Scientifiquement, il s’agit d’une comorbiditĂ©, pas d’un type de TDAH.


5ïžâƒŁ Le TDAH anxieux regroupe des profils tendus, inquiets, hypervigilants, avec beaucoup de ruminations. Traduction clinique, TDAH associĂ© Ă  un trouble anxieux. Traduction marketing, un nouveau “type”.


6ïžâƒŁ Le TDAH temporal est particuliĂšrement problĂ©matique, puisqu’il attribue irritabilitĂ©, troubles de la mĂ©moire ou comportements explosifs Ă  un dysfonctionnement du lobe temporal, sans qu’aucun consensus scientifique ne valide ce lien causal simpliste.


7ïžâƒŁ Le TDAH “anneau de feu”, enfin, relĂšve du grand spectacle, avec une prĂ©tendue hyperactivation globale du cerveau, une agitation extrĂȘme et une hypersensibilitĂ© gĂ©nĂ©ralisĂ©e. Cette catĂ©gorie n’existe nulle part ailleurs que dans des ouvrages grand public, et repose sur des interprĂ©tations trĂšs contestĂ©es de l’imagerie cĂ©rĂ©brale.


Sérieusement, on dirait une équipe de Power Rangers.




C’est Ă  partir de ce dĂ©coupage que Daniel Amen, psychiatre amĂ©ricain trĂšs mĂ©diatisĂ©, a bĂąti ses typologies. Son approche repose sur l’utilisation du SPECT scan, une technique d’imagerie mesurant la perfusion sanguine cĂ©rĂ©brale, qu’il a utilisĂ©e pour observer des corrĂ©lations entre certaines images et des profils cliniques.


Le problĂšme fondamental est mĂ©thodologique. Observer des corrĂ©lations ne permet pas de construire une classification diagnostique. Amen a regroupĂ© visuellement des images qu’il jugeait similaires chez des patients souvent en errance diagnostique et prĂ©sentant des tableaux cliniques complexes, puis il a transformĂ© ces regroupements en catĂ©gories fixes, dotĂ©es de noms sĂ©duisants.


Or le SPECT n’est pas recommandĂ© pour le diagnostic du TDAH. Il n’a pas la spĂ©cificitĂ© nĂ©cessaire, car les mĂȘmes patterns d’activation peuvent apparaĂźtre dans des contextes trĂšs diffĂ©rents, comme le stress, la fatigue, la dĂ©pression, l’anxiĂ©tĂ©, le manque de sommeil ou la douleur chronique.


Si ces idĂ©es ont autant circulĂ©, c’est parce qu’elles rĂ©pondent Ă  des attentes fortes. Elles offrent une explication visuelle rassurante, promettent une approche personnalisĂ©e et donnent l’impression d’une comprĂ©hension fine, lĂ  oĂč la psychiatrie classique peut sembler plus brute.


Mais sur le plan scientifique, le constat est clair. Ces classifications ne sont pas reconnues, car elles reposent sur des catĂ©gories non validĂ©es, un usage abusif de l’imagerie cĂ©rĂ©brale et une confusion persistante entre corrĂ©lation et causalitĂ©.

Ce n’est pas un escroc au sens simple du terme, c’est quelqu’un qui a pris des observations cliniques rĂ©elles, puis qui les a surinterprĂ©tĂ©es, rigidifiĂ©es et transformĂ©es en systĂšme commercialisable.



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