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ARFID : Quand je ne mange pas, ce n’est pas un caprice

  • Photo du rédacteur: Noelle
    Noelle
  • il y a 19 heures
  • 6 min de lecture

Cet article est né d’un message reçu sur Atypique World. Un message de parent, inquiet, épuisé, qui décrivait une adolescente capable de ne pas manger pendant plusieurs jours si les aliments disponibles ne faisaient pas partie de ceux qu’elle tolère. Comme souvent, la question n’était pas seulement médicale. Elle était aussi morale. Est-ce qu’on cède trop vite. Est-ce qu’on entretient le problème. Est-ce qu’on fait mal.

En lisant ce message, je n’ai pas pensé à une théorie. J’ai pensé à moi.


ARFID

Il y a un truc que j’ai mis très longtemps à comprendre et encore plus longtemps à assumer. Si ce n’est pas ce que je veux manger, je ne mange pas. Pas un peu. Pas en râlant. Je ne mange pas du tout. Et ça peut durer longtemps.

Ce n’est ni une posture, ni une manière de contrôler, ce n’est même pas une décision consciente. C’est un non physique, immédiat, sans négociation possible. Mon corps dit non. Pas maintenant. Pas ça. Et il ne bouge pas. Je sais pourtant que c’est dangereux. Je sais reconnaître les signes quand je suis en hypo, quand je commence à flotter, à trembler, à perdre en lucidité. Je ne suis pas dans le déni. Mais savoir ne suffit pas toujours à manger. La volonté ne suffit pas. Quand le corps a décidé que ce n’était pas possible, il n’y a pas de plan B héroïque.


Pendant longtemps, j’ai cru que j’étais compliquée, pénible, immature. On m’a appris que la faim finit toujours par gagner. Chez moi, non. Et je sais aujourd’hui que je ne suis pas la seule.

Quand on ne vit pas ça, on pense qu’il suffit de se forcer. D’avaler quelque chose, n’importe quoi. Mais pour certains cerveaux, certains corps, manger ce qui n’est pas perçu comme sûr n’est pas neutre. Le dégoût arrive d’un coup. L’angoisse aussi. Et tout se ferme. Je ne parle pas d’un aliment qu’on n’aime pas trop. Je parle d’un seuil interne qui, une fois franchi, fait basculer le corps en alerte. Ce n’est pas une question d’éducation, ni de discipline, ni de bonne volonté. C’est neurologique.


J’ai fini par trouver une solution imparfaite. J’ai toujours un stock de This is food à la banane. Ce n’est pas un plaisir. Ce n’est pas un vrai repas. Ce n’est pas une solution idéale. Mais quand je sens que je pars en hypo, que je décroche, que je deviens dangereusement vide, j’en prends une.

Ce n’est pas une victoire. C’est une stratégie de survie. Et c’est exactement ce que font beaucoup de parents, souvent en silence. Ils sécurisent. Ils évitent le pire. Ils choisissent le moindre mal. Pas par faiblesse, mais parce qu’ils voient très bien que forcer serait bien plus destructeur.


Quand on parle d’alimentation sélective sévère ou d’ARFID, on oublie trop souvent ce point essentiel. Il ne s’agit pas de préférences alimentaires. Il s’agit de sécurité interne. De ce que le corps accepte sans se mettre en alerte. De ce qui passe, là, maintenant, ou pas du tout.


Tant que cette sécurité n’existe pas, parler d’équilibre, de diversification ou de règles n’a pas de sens. Le corps n’est pas en apprentissage. Il est en mode survie.


Si j’écris cet article, ce n’est pas pour donner un modèle ni une solution à suivre. Chacun fait avec ses contraintes, ses moyens, son corps. C’est pour dire une chose simple. Ne pas manger peut être plus fort que la volonté. Et quand c’est le cas, ce n’est ni un caprice, ni un échec, ni une manipulation.


L’ARFID, c’est quoi vraiment

ARFID veut dire Avoidant Restrictive Food Intake Disorder.En français, trouble de l’alimentation évitant et restrictif.


Ce n’est pas un nouveau nom chic pour dire “difficile à table”.Et ce n’est pas un trouble de l’image du corps.

Dans l’ARFID, on ne mange pas parce qu’on ne peut pas, pas parce qu’on ne veut pas.

Le point central, c’est l’évitement.Évitement des textures.Évitement des odeurs.Évitement des goûts imprévisibles.Évitement de la peur d’étouffer, de vomir, d’avoir mal au ventre.Évitement de tout ce que le corps associe à un danger.


Le cerveau ne traite pas l’aliment comme de la nourriture, mais comme une menace potentielle.Et comme pour le PDA, quand le cerveau perçoit une menace, il ne discute pas.


👉 Ce que l’ARFID n’est pas

C’est important de le dire clairement.


L’ARFID n’est pas– un caprice– un manque d’éducation– un refus d’obéir– une provocation– une recherche de contrôle– une phase qui passe toute seule quand on “a vraiment faim”

Dans l’ARFID, la faim peut être là, et pourtant manger reste impossible.


👉 Pourquoi la volonté ne suffit pas

Dans l’ARFID, le problème n’est pas cognitif. Il est sensoriel et neurologique.


Quand un aliment dépasse le seuil de tolérance du système nerveux, il déclenche– du dégoût intense– une montée d’angoisse– parfois des haut-le-cœur– parfois un blocage total.


Forcer dans ces conditions ne “rééduque” rien. Ça renforce l’association nourriture = danger.

C’est pour ça que tant de personnes ARFID ont une liste d’aliments sécurisants très réduite, parfois toujours les mêmes marques, les mêmes textures, les mêmes formes. Ce n’est pas une rigidité morale. C’est une stratégie de survie.


👉 Le lien avec l’autisme, le TDAH

L’ARFID est très fréquent chez les personnes neurodivergentes.


Chez l’autisme, la sensorialité amplifiée joue un rôle majeur. Cela signifie que les informations sensorielles qui arrivent au cerveau ne sont ni filtrées ni hiérarchisées de la même manière. Une odeur légère pour une personne neurotypique peut être perçue comme envahissante, presque agressive. Une texture banale peut devenir insupportable au contact de la bouche. Le bruit que fait un aliment en étant mâché, la sensation d’humidité, de granuleux ou de gras peuvent déclencher une réaction immédiate de rejet. Ce rejet n’est pas réfléchi, il est automatique. Le système nerveux traite l’information comme un signal de danger, pas comme une simple gêne.


Dans ce contexte, manger n’est pas un acte neutre. C’est une expérience sensorielle complète, intense, parfois imprévisible, qui sollicite le toucher, l’odorat, le goût, la vue, et même l’ouïe. Lorsque plusieurs de ces canaux sont surchargés en même temps, le corps entre en alerte. Le dégoût peut surgir avant même que l’aliment ne touche la bouche. Le refus n’est alors pas un choix, mais une réponse de protection. C’est pour cette raison que de nombreuses personnes autistes tolèrent très peu de variations, mangent toujours les mêmes aliments, les mêmes marques, les mêmes formes. Cette constance n’est pas une rigidité de caractère. C’est une façon de rendre l’environnement prévisible et donc supportable.


Chez le TDAH, le mécanisme est différent mais tout aussi puissant. La difficulté centrale n’est pas tant la sensorialité que la régulation interne. La perception des signaux corporels peut être instable, décalée ou mal interprétée. La faim peut arriver tard, très fort, ou au contraire être ignorée pendant des heures. Les sensations de satiété peuvent être floues. Le corps fonctionne par à-coups. On peut passer de l’oubli total de manger à une urgence physique brutale, sans zone intermédiaire.


Cette instabilité rend l’alimentation difficile à anticiper. Manger demande une disponibilité mentale, une organisation, une capacité à s’arrêter dans une activité pour répondre à un besoin interne. Chez une personne TDAH, cette transition peut être coûteuse, voire impossible sur le moment. Le corps réclame, mais l’acte de manger se heurte à une fatigue décisionnelle, à une saturation cognitive ou à un rejet soudain de ce qui est proposé. Là encore, ce n’est pas une question de volonté. Le lien entre sensation corporelle et action est fragile, parfois rompu.


Quand ces fonctionnements se combinent, ou lorsqu’ils sont associés à de l’anxiété, à un vécu de contraintes répétées ou à des expériences négatives autour de la nourriture, le terrain devient propice à l’ARFID. L’alimentation cesse d’être un automatisme. Elle devient un enjeu, un effort, parfois une source de détresse. Et plus la pression augmente, plus le système se rigidifie.


Comprendre ces mécanismes permet de sortir d’une lecture morale ou éducative. Ce n’est pas un enfant qui refuse de manger. Ce n’est pas un adulte qui ne fait pas d’effort. C’est un corps qui fonctionne autrement, avec des seuils différents, des alertes plus rapides, et une marge de manœuvre plus étroite. Tant que cette réalité n’est pas reconnue, toute tentative de forçage ne fait qu’ajouter de la peur à un système déjà saturé.


C’est pour ça que l’ARFID est souvent mal compris. On le traite comme un problème alimentaire isolé, alors que c’est souvent un symptôme d’un fonctionnement global. En effet, pendant longtemps, les troubles alimentaires ont été pensés presque exclusivement à travers l’anorexie, la boulimie, l’image du corps et la minceur et L’ARFID ne rentrait dans aucune de ces cases.

Résultat, des années d’errance, de culpabilisation parentale, de forçage inutile, parfois de dégâts durables.


👉 Ressources



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