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Autisme, empathie et confusion humaine en équilibre

Empathie sélective, empathie conditionnelle, empathie absente ?

Et si c’était simplement une empathie expérientielle


Comment expliquer qu’on puisse être submergée de compassion pour certaines personnes, certains animaux ou certaines situations, et rester totalement indifférente face à d’autres drames pourtant graves, parfois même face à la souffrance ou à la mort d’inconnus ? Pourquoi cette empathie qui déborde d’un côté semble inexistante de l’autre ?


empathie

Chez de nombreuses personnes autistes, cette expérience est non seulement fréquente, mais profondément incomprise. On parle alors d’« empathie sélective », comme si elle relevait d’un choix moral, d’un tri volontaire, voire d’une froideur assumée. En réalité, le mécanisme est tout autre.


L’empathie autistique n’est pas absente, elle est contextuelle, incarnée et expérientielle.


Chez beaucoup de personnes neurotypiques, l’empathie repose largement sur la projection. Face à une situation, même étrangère, le cerveau active automatiquement un scénario du type « et si c’était moi », « et si c’était quelqu’un que j’aime ». Cette projection suffit souvent à déclencher une réponse émotionnelle, même sans expérience directe.


Chez beaucoup de personnes autistes, ce mécanisme fonctionne différemment. L’empathie ne se déclenche pas par projection abstraite, mais par résonance vécue. Elle s’active lorsqu’il existe un point d’ancrage réel, une expérience passée, une sensation déjà connue, une situation déjà traversée ou comprise de l’intérieur. Sans cet ancrage, la scène reste extérieure, théorique, presque irréelle.


Ce n’est pas un refus de compatir mais une absence de connexion.


C’est pour cela qu’une personne autiste peut être bouleversée par la souffrance d’un animal, par une situation d’exclusion précise, par une injustice qu’elle a elle-même vécue, et rester parfaitement neutre face à un accident, une maladie ou un décès qui ne fait écho à rien de personnel. Le cerveau ne reconnaît pas la situation, donc il ne déclenche pas la réponse émotionnelle.


Cette empathie fonctionne davantage par reconnaissance que par imagination.

Lorsqu’elle s’active, l’empathie autistique est souvent extrêmement intense. Elle peut être envahissante, douloureuse, difficile à réguler. Beaucoup de personnes autistes ne ressentent pas « un peu pour tout le monde », mais énormément pour quelques situations précises. Ce fonctionnement en tout ou rien crée des contrastes très marqués, qui sont souvent mal interprétés par l’entourage.


Vu de l’extérieur, cela peut donner l’impression d’une personne tantôt douce, compatissante, profondément humaine, tantôt froide, distante, voire cruelle. En réalité, il ne s’agit pas d’un changement de valeurs, mais d’un changement de connexion émotionnelle.


Un autre élément clé est la place du corps. L’empathie autistique est souvent corporelle avant d’être cognitive. Elle passe par des sensations, des tensions, des souvenirs physiques, des états internes déjà connus. Lorsqu’une situation n’a jamais été ressentie corporellement, elle peut rester abstraite, même si elle est comprise intellectuellement. Comprendre n’est pas ressentir.


C’est aussi pour cette raison que certaines personnes autistes peuvent dire des choses perçues comme choquantes parce que l’émotion attendue socialement n’est tout simplement pas là. Le décalage n’est pas moral, il est neurocognitif.


Cette réalité entre souvent en conflit avec les normes sociales. On attend de l’empathie qu’elle soit constante, proportionnelle, universelle. On juge la valeur humaine à la capacité de ressentir « correctement » ce qu’il faudrait ressentir, au bon moment, pour les bonnes personnes. Or l’empathie autistique ne répond pas à ces règles implicites. Elle ne se déclenche ni sur commande, ni par obligation sociale.


Paradoxalement, beaucoup de personnes autistes souffrent davantage d’un excès d’empathie mal régulé que d’un manque. Lorsqu’elles sont touchées, elles le sont souvent trop, trop fort, trop longtemps. Ce n’est pas l’absence d’empathie qui pose problème, mais son caractère imprévisible et non généralisable.



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