J’ai longtemps confondu la faim et l’angoisse – Autisme, TDAH et intéroception
- Atypique World

- il y a 20 heures
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Pendant longtemps, j’ai cru que la faim ressemblait à de l’angoisse.

Quand je dis longtemps, je parle de toute mon enfance, de mon adolescence, et encore aujourd’hui. Une sensation désagréable qui monte sans prévenir, un malaise diffus, le cœur qui s’emballe un peu, l’impression que quelque chose ne va pas sans savoir quoi. Je mettais ça sur le compte du stress, de l’émotion, de la fatigue. La faim, la vraie, celle qu’on identifie clairement, je ne la reconnaissais que très tard, quand je tombais en hypoglycémie. Là, pas de doute possible. Avant ça, le corps parle, mais je ne l'entends pas correctement.
Chez beaucoup de personnes autistes, et aussi chez certaines personnes TDA/H, les signaux internes du corps sont mal identifiés. Pas absents mais mal traduits. La faim, la soif, la fatigue, parfois même la douleur, arrivent déguisées en autre chose. Chez moi, la faim prend souvent la forme de l’angoisse. Chez d’autres, ce sera de l’agitation, de l’irritabilité, un besoin de bouger, de parler, de manger sans trop savoir pourquoi.
Ce fonctionnement porte un nom : l’intéroception.
C’est la capacité à sentir ce qui se passe à l’intérieur de son corps. Savoir qu’on a faim, soif, sommeil, froid, chaud, envie d’aller aux toilettes, ou sentir que le corps commence à s’emballer. C’est une sorte de tableau de bord interne. Chez certaines personnes, il est lisible et assez fiable. Chez nous, il fonctionne autrement. Les signaux sont flous, retardés, ou mélangés à des émotions. Le corps envoie un message, mais le cerveau ne le classe pas au bon endroit.
Et c’est exactement pour ça que, quand une maman me parle de son enfant de six ans qui réclame souvent à manger, je tique tout de suite quand j’entends “il exagère” ou “elle a pourtant mangé”. Parce qu’un enfant neuroatypique ne réclame pas toujours à manger parce qu’il a faim comme on l’entend classiquement. Il réclame parce que quelque chose en lui est inconfortable, et que manger est la réponse la plus accessible.
À six ans, on ne sait pas dire “j’ai une sensation corporelle floue que je n’arrive pas à interpréter”. On dit “j’ai faim”.
Chez les enfants autistes, il y a souvent cette difficulté à reconnaître les besoins internes. Le corps envoie un message, mais le cerveau ne le classe pas au bon endroit. La faim peut devenir de l’angoisse. L’angoisse peut devenir une demande alimentaire. Et parfois, c’est l’inverse. L’enfant ne ressent rien pendant longtemps, puis tout arrive d’un coup, très fort.
Chez les enfants TDA/H, il y a souvent en plus la question de la stimulation. Manger, surtout certains aliments, apaise, occupe, régule. Ce n’est pas une manipulation ni une mauvaise habitude. C’est le cerveau qui cherche un bouton “pause”.
Quand on est adulte, on apprend parfois à masquer tout ça. On se force à respecter des horaires, on oublie de manger, on mange trop tard, on confond encore les signaux. Dans mon cas, si je n’ai pas de repères extérieurs, je peux passer à côté de la faim pendant des heures, puis me sentir mal sans comprendre pourquoi. Et c’est seulement quand le corps crie vraiment que je fais le lien.
Alors non, ce n’est pas “dans la tête” au sens où on l’entend habituellement. C’est dans le fonctionnement neurologique. Et ça change complètement la façon de regarder ces comportements, chez les enfants comme chez les adultes.
Plutôt que de se demander si l’enfant a vraiment faim, la vraie question est souvent “qu’est-ce que son corps essaie de me dire”. Fatigue, surcharge, besoin de sécurité, besoin de rythme, ou oui, parfois faim réelle mais mal reconnue.
Mettre en place des horaires, des routines, des collations prévues, c’est offrir des repères à un corps qui ne sait pas toujours se lire tout seul enlève cette idée toxique que l’enfant en ferait trop, ou que le parent se trompe. Quand on vit ce genre de choses de l’intérieur, on sait que ce n’est ni du cinéma ni un manque d’éducation. C’est juste un autre mode d’emploi.







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