Une différence pas si invisible que ça
- Atypique World

- il y a 17 heures
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On utilise le terme « différence invisible » qui je pense donne une image assez fausse de la réalité. Invisible, ça donne l’impression qu’il n’y a rien à voir, rien à remarquer, rien à adapter. Or ce n’est pas parce que je n’ai ni canne, ni fauteuil roulant, ni signe extérieur immédiatement identifiable que tout est simple, fluide et sans friction.

Dans les échanges sociaux je suis très souvent à côté de la plaque. Pas par manque d’intérêt évident ni d'ennui, mais parce que tout arrive en même temps. Le bruit ambiant, les voix, les mots, les sous-entendus, les regards, les implicites. Souvent, je porte un casque pour atténuer le bruit (perçu comme impoli), ce qui est déjà un indice assez clair que mon cerveau reçoit trop d’informations. Je comprends parfois mal, ou trop lentement, ou de travers. Et pendant que j’essaie de suivre, je dois aussi penser à répondre correctement, au bon moment, sans être trop bizarre ou trop directe.
Les échanges me demandent énormément d’efforts. Des efforts cérébraux, bien sûr, mais aussi physiques et émotionnels. Tenir la conversation, rester présente, analyser ce qui se passe, ajuster mes réponses, tout ça consomme beaucoup d’énergie. À force, je peux devenir apathique. J’ai l’air un peu vide, un peu bête et bien souvent complètement à côté de la plaque, un peu perchée.
Ce qui trouble souvent les gens, c’est le contraste parce qu’à d’autres moments, ça fuse. Les idées s’enchaînent, les connexions sont rapides, l’analyse est fine, pertinente, parfois très vive. Alors forcément, on ne comprend pas comment la même personne peut être si lente à un moment et si rapide à un autre. La réponse est simple : ce n’est pas une question d’intelligence ou de volonté mais de charge et de contexte.
Alors non, ce n’est pas invisible. Ce n’est juste pas stable, ni conforme aux attentes habituelles.
Et puis il y a ce détail que beaucoup oublient, le handicap invisible ne se voit pas toujours avec des objets, mais il se lit souvent ailleurs. Dans la posture, la fatigue et même le regard. On m’a souvent dit « me regarde pas comme ça » et à chaque fois, j’ai sincèrement envie de répondre « comme ça comment ? ». Parce que je n’ai aucune idée de ce qu’on attend de mon regard à ce moment précis. Je regarde comme je regarde. Je n’ai pas changé de mode ni activé une option regard bizarre volontairement. Et pourtant, manifestement, quelque chose ne correspond pas.

Cette remarque est assez révélatrice. Elle montre bien que quelque chose est perçu, mais pas compris.
Ce n’est pas invisible, c’est simplement interprété comme une intention, alors que ce n’est qu’un fonctionnement.
Quand la surcharge devient trop importante, je passe en mode tortue, je ralentis, je me replie, je ne m'exprime plus, je décroche. Et là encore, ce n’est pas discret. C’est très visible pour ceux qui savent observer.
Je crois que seul mon chat voit cette différence (pas) invisible, il s’affale sur moi de tout son corps et se transforme instantanément en parpaing de 300 kilos. Un truc dense, lourd, impossible à ignorer. Un peu comme une couette lestée vivante qui a très bien compris que là, maintenant, ce n’est pas le moment de demander quoi que ce soit.
Ce que le terme « invisible » finit par masquer, ce n’est pas la différence, mais l’effort qu’elle demande. Même quand je compense ou essaie de m’adapter, tout ne semble pas aller bien, tout n'est pas très fluide, regarde moi monter un escalier et me concentrer sur chaque marche pour s'en rendre compte 😅

Alors non, la différence invisible n’est pas invisible. Elle est simplement mal lu, elle ne correspond pas aux images attendues et elle ne s’annonce pas avec des signes clairs et permanents mais par des décalages, des incompréhensions, des efforts, des moments de flottement, et parfois par des regards qui dérangent sans que personne ne sache expliquer pourquoi 👀




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